Sylvain Grandserre, professeur des écoles et auteur d'un ouvrage intitulé : "Ecole : Droit de réponses", Paris, Hachette, 2007,
224 pages sur l'école, a fait paraitre sa réflexion sur un des aspect de la nouvelle formation des enseignants : le stage de 108 heures.
Je suis prof... j’improvise !
Commençons par un petit rappel : sous l'impulsion du président de la république(02/06/08), le ministère recrutera les futurs professeurs après unMaster 2 (bac +5,
en économie par exemple) puis les enverra directement sur le terrain sans vraiment les préparer. Nous avions déjà une formation professionnelle (le savoir-faire pratique) parmi les plus faibles
d'Europe (13 % du temps contre 50 % en Finlande). Nous voici désormais avec les enseignants les plus diplômés de notre histoire, mais également les moins formés !
L'obsession (idéologique et économique) de fermer les IUFM pousse ce gouvernement à faire disparaître la formation qui allait avec. Mais devant certains détails de
la procédure de mise à mort, les bras nous en tombent. Il n'y avait de toute façon pas de quoi applaudir...
En effet, dans le cadre des mesures transitoires entre l'ancienne formation et la nouvelle (façon de parler puisqu'il s'agit de la supprimer), il vient d'être
décidé (circulaire du 20/08/09) de parachuter en classe des étudiants (PE1) sans aucune formation pour des stages en responsabilité totale (2 fois 2 semaines). Ils remplaceront ainsi des
enseignants partis en stage, parfois même contre leur gré. Il n' est même pas prévu de réelle transition avec le titulaire de la classe, en dehors d'une vague journée d'observation.
Notre administration, d'habitude si soucieuse de sécurité (sorties, taux d'encadrement, plan de mise en sureté, alerte incendie, agréments, surveillance de
récréation, circulation d'élèves), semble n'avoir rien à redire au fait qu'on confie la totalité d'une classe d'une trentaine d'enfants en cours double à un étudiant inexpérimenté n'ayant pas
(encore) réussi le concours.
Les étudiants accepteront certainement ce dispositif bien rémunéré basé sur le volontariat (3.000 € les 4 semaines, salaire totalement inconnu chez les professeurs
des écoles), d'autant plus que l'éventuelle réussite au recrutement de juin entraînera automatiquement la prise en charge d'une classe dès septembre... 2010 !
Bref, être professeur ne s'apprend plus mais s'improvise, aussi bien en stage que sur le terrain. Disparaissent des années de savoir-faire professionnels et de
connaissances théoriques déjà insuffisamment transmis pour faire face aux nouveaux défis scolaires (élévation générale du niveau, prolongation des études, prise en compte de l'hétérogénéité,
accueil d'élèves handicapés, lutte contre l'échec scolaire, informatique, langues vivantes).
Voilà donc comment on passe de l'amphithéâtre au théâtre... d'improvisation en classe. Si c'est de l'art, c'est dramatique.
Sylvain Grandserre, Maître d'école
Mais nous savons ce qui va se passer alors... Les enseignants titulaires, qui ne voudront pas que leur classe soit massacrée pendant leur absence vont consacrer
quelques heures bénévoles pour assurer une mini formation à ces jeunes qui arriveront totalement démunis dans les classes.
Il suffit déjà d'aller sur les forums enseignants sur internet et de lire les titres des sujets :
"je suis perdue"
"Help, comment faites-vous une progression qui tient la route ?"
" Qui peut m'expliquer le fonctionnement de sa classe ?"
et de savoir que face à ce désarroi, ce sont des enseignants bénévoles qui répondent et assurent la formation des jeunes collègues à distance.
Vous avez la parole