Un article très intéressant sur Médiapart signé
Charles Conte :
Un article très intéressant sur Médiapart signé
Charles Conte :Avec l'autorisation de son auteur, M. Cédric Poitou Lamarcelle, nous publions la lettre qu'il a écrite au directeur de l'école de ses enfants
A l'attention de
Monsieur le Directeur de l'école élémentaire Est-Libération
106 rue Diderot - 94300 VINCENNES
Copies :
Monsieur C - Instituteur de la classe de CM1 B
Madame F - Institutrice de la classe de CP C
Madame la Directrice de l'école maternelle Clément Viénot
Mairie de Vincennes
Le Collectif Parents Enseignants de Vincennes
Fédération FCPE Vincennes
Association APEV
FCPE 94
AG nationale des collectifs Parents Enseignants
Collectif National de Résistance à Base Elèves
Vincennes, le 11 octobre 2009
Monsieur le Directeur,
Ce courrier fait suite à l’entretien que nous avons eu lundi 28 septembre concernant le logiciel de base de données Base Elèves dans lequel des enregistrements concernant mes enfants et moi-même se trouvent renseignés. Vos propos se sont voulus rassurants quant à la nature et la destination des données saisies. Je comprends votre démarche mais je tiens à vous dire que vos explications sont loin d’être satisfaisantes à mes yeux.
Tout d’abord vous me dîtes que les données saisies ne sont que des informations générales, non sensibles, « que de toute façon l’administration connaît déjà ». Dans ce cas pourquoi vous demande-t-on de collecter, de saisir et de mettre à disposition des données sans intérêt ? N’avez-vous pas mieux à faire ? Vous affubler d’un travail sans aucune valeur ajoutée n’est-il pas en totale contradiction avec les objectifs de performance partout affichés ? Et quant bien même vous ne renseigneriez que le minimum d’informations, qui me dit que votre successeur aura la même attitude ? Qui me garantit de la sécurité des informations saisies ? Et qui m'assure qu'un traitement informatique batch ne viendra pas concaténer des informations complémentaires ? Données fiscales, données sociales, dossier médical... ? Enfin, songez que l'Identifiant National Elève, la clef du fichier qui se crée lors de la première saisie, est conçue pour être valide 35 ans ! Simplement pour stocker nom, prénom, adresse ???
Soyons honnêtes, cette base de données n’a pas été créée pour rien. Elle est née dans un contexte idéologique de fichage et de xénophobie indigne d’une démocratie comme la nôtre. Je ne puis oublier qu’il était question à l’origine de saisir des informations aussi personnelles que la religion ou la langue parlée à la maison… Ne sommes-nous pas dans un pays libre et laïc ? Devra-t-on prochainement s’excuser de ne pas suivre le culte officiel de la nation ou bien porter un signe distinctif à son veston ? Je ne puis oublier qu’il existe aujourd’hui un Ministère de l’Identité Nationale dont le seul énoncé est une injure à la devise de notre pays. L'identité nationale est une valeur, un caractère, c'est l'âme que forme la mosaïque des peuples et des cultures qui composent une nation. Aucun Etat ni aucun gouvernement ne peut en édicter la forme, sauf à prouver alors son caractère fasciste. Enfin, je ne puis fermer les yeux sur les cas d’irruption des forces de l’ordre au sein même de certains établissements scolaires. Des policiers parfois accompagnés de chiens qui entrent dans la classe pour chercher des élèves ! Comment appelle-t-on cela ? Des rafles ?
Je ne puis oublier non plus les déclarations du gouvernement s’agissant de « prévenir la délinquance dès la maternelle » ni les propos du Chef de l’Etat indiquant que certains éléments de « La délinquance » étaient selon lui « de nature génétique ».
Nous savons l’un comme l’autre ce qu’ont pu produire dans le passé des théories eugénistes mises en œuvre par une administration servile. Des plaques de triste mémoire sont accrochées sur le mur d'entrée de notre école afin que nous n’oubliions pas, et vous voudriez me voir fermer les yeux ?
Je note qu’en ce moment-même des directeurs d’école, des enseignants et des maires refusent publiquement de renseigner ce fichier et alertent l’opinion sur la grave dérive que constitue la mise en œuvre de ce logiciel espion. L'ONU elle-même condamne cet outil et rappelle la France à l'ordre, le Conseil d'Etat demande lui aussi des explications et vous voudriez me voir rassuré ?
Voici pour la partie morale et pour les craintes légitimes qu'inspirent cette application.
Sur le plan strictement juridique maintenant. J’avance que ce fichier est illégal.
En effet, le droit à l'information préalable à la collecte d'informations personnelles n'a pas été respecté, ni d'ailleurs l'autorité parentale puisqu'en matière de saisie de données l’article 57 de la loi informatique et liberté prévoit que les personnes auprès desquelles sont recueillies des données à caractère personnel ou à propos desquelles de telles données sont transmises sont, avant le début du traitement de ces données, individuellement informées de la nature des informations transmises, de la finalité du traitement de données, des personnes physiques ou morales destinataires des données, du droit d'accès et de rectification institué aux articles 39 et 40, du droit d'opposition institué aux premier et troisième alinéas de l'article 56.
Or vous renseignez Base Elèves. Avez-vous prévenu les parents ? NON. Avons-nous accès aux données ? NON. Avons-nous un droit d’opposition ? NON.
Concernant mes objections sur la légalité du fichier vous me dîtes que tout cela « prête à discussion », que le présent fichier est « légal pour les
uns, illégal pour les autres ». Diriez-vous de la loi informatique et liberté qu'elle prête à discussion ? Je ne le crois pas. Dès lors elle doit s'appliquer à tous et partout.
Et c’est bien pour la faire respecter que plus de mille parents d'élèves ont porté plainte solidairement à la procédure engagée par le Collectif National de Résistance à Base Elèves et
défendue par le Syndicat des Avocats de France. Et je ne doute pas que de nombreux parents de notre ville et du département voudront bientôt s'y associer. Je les y aiderai au mieux dans
la mesure de mes capacités.
En outre, afin de protéger mes propres enfants de même que vous affranchir d’une tâche indigne de votre fonction, j’envisage de porter plainte contre la personne physique que je sais renseigner ce fichier illégal, c'est à dire vous-même.
Pour information, en l'état actuel de ma réflexion,
Vous priant d’agréer mes respectueuses salutations.
Cédric Poitou La Marcelle
Selon le rapport publié début septembre par l'OCDE
(organisation de coopération et de développement économique) intitulé "Assurer le bien -être des enfants",
Pascal Riché dans Rue 89 a eu lui aussi une lecture
détaillée de la 3ième note de synthèse de l'Inspection Générale."Je suis d’une tristesse folle car rien ne peut arrêter la bêtise
Ce n'est pas l'imagination de Don Quichotte qui fait son malheur, c'est Sancho Pança."
Franz Kafka (Préparatifs de noce à la campagne – Gallimard)
"Je suis d'une tristesse folle car rien ne peut arrêter la bêtise.
On tend les mains, on endigue l'hémorragie mais au final si rien n'est fait, tout coule entre les phalanges comme gelée de groseille s'échappant d'un linge largement tramé.
Les endroits de pouvoir veulent siéger et posséder le centre alors que c'est la périphérie qui les fait vivre et leur donne légitimité.
Ces hiérarques patentés ne peuvent ni s'effacer ni reculer car comme de bonnes "plaquettes" ils viennent coller au plus près à ce qui leur échappe. Il faut qu'ils soient absolument reconnus pour le pouvoir qui leur a été conféré par un politique en manque d'imagination, si ce n'est pour se maintenir et non pour leur compétence d'analyse et de résolution des problèmes.
Il y a une aberration à vouloir soumettre le corps enseignant au lieu de lui laisser, s'il en a le désire et le courage, l'espace pour expérimenter et élever l'art de la pédagogie participative visant à développer l'autonomie.
C'est la même, que l'on retrouve, dans la confusion entre exercice du pouvoir conféré aux maîtres et la pratique de son autorité dans la classe. La encore, le système préconise la soumission plutôt que les règles de démocratie qui assoient une autorité légitime régissant les principes d'obéissance afin de découvrir les champs de la connaissance. La violence à l'école vient peut être aussi de là, la casquette de l'éducateur ne pouvant plus faire oublier celle de l'oppresseur.
J'ai une enfant, Clara en classe de 6° ZEP cette année, qui a passé ses classes de CE2 et de CM1 (1° trimestre seulement car un premier bâton lancé méchamment dans les rayons de son petit vélo a fait chuté l'enseignant - Erwan Redon a été muté en décembre 2006) avec Erwan Redon, puis son CM2 avec un autre maître à la pédagogie ouverte et participative.
Cette jeune fille est aujourd'hui autonome dans son travail avec un niveau qui frise l'excellence (17,33 de moyenne sur l'année), elle semble épanouie dans sa vie d'adolescente, déléguée de classe, elle défend les valeurs de justice que nous parents et enseignants lui avons transmises.
Je voulais dire merci à ces enseignants et renouveler mon soutien à Erwan Redon face aux messieurs chagrins qui ne visent que la "rosette" et ont oublié dans leur contrat d'élever la pensée."
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L'inspecteur de l'Académie de Marseille, qui part à la retraite dans quelques semaines, s'est donc "offert la tête" d'Erwan.
Comité de soutien à Erwan Redon
Vous avez la parole